DéciderAnalyse6 min de lecture

Quand l’information existe, mais que la décision reste difficile

La plupart des entreprises qui se disent « mal outillées » ont en réalité trop d’informations, réparties dans trop d’endroits, et aucune vue qui permette de trancher.

Nathan GoutagnyFondateur de NateSystem

Posez la question « où en est-on avec ce client ? » dans une entreprise de cinquante personnes qui existe depuis quinze ans. Selon la personne interrogée et l’outil consulté, vous obtiendrez plusieurs réponses différentes. Aucune ne sera nécessairement fausse. Aucune ne suffira pour décider.

Cinq sources, cinq vérités partielles

  • Le CRM sait qu’il s’agit d’un client, et donne une date de dernière activité qui date souvent de la dernière saisie, pas du dernier échange.
  • L’espace projets sait qu’une mission a été livrée, mais ignore l’état de la relation commerciale.
  • La boîte mail de la direction contient l’arbitrage qui explique tout, et n’est consultable par personne d’autre.
  • Le suivi d’affaires donne un montant et une date, rarement la marge finale.
  • Un ingénieur sait que l’interlocuteur a changé, et c’est la seule information qui n’existe nulle part.
Le problème n’est pas de produire plus d’information. C’est de la retrouver reliée, au moment où une action doit être prise.

Pourquoi ajouter un outil aggrave souvent la situation

La réponse instinctive est d’acquérir un outil qui « centralise ». En pratique, un outil de plus ajoute une sixième source à cinq sources déjà mal reliées. Il arrive avec le processus de quelqu’un d’autre, et c’est à l’équipe de s’y plier.

L’adoption reste alors partielle : certains l’utilisent, d’autres continuent avec leur fichier. Ce qui produit exactement la situation initiale, avec une licence supplémentaire.

Ce qui distingue une information d’un contexte

Une information est une donnée isolée : une date, un montant, un statut. Un contexte est un ensemble d’informations reliées, assorties de leur origine, et suffisant pour agir.

Trois conditions pour qu’un contexte soit exploitable
  1. 01
    Il arrive au bon momentUn contexte disponible trois jours après la décision n’a aucune valeur. Le déclencheur compte autant que le contenu.
  2. 02
    Il porte ses sourcesUne affirmation sans document d’origine ne sera pas utilisée pour engager l’entreprise, et c’est normal.
  3. 03
    Il dit ce qu’il ne sait pasUn système qui comble silencieusement ses trous produit des décisions fausses avec assurance. Signaler le manque vaut mieux que le masquer.

La bonne première question

Avant de chercher une solution, il vaut mieux identifier une situation précise et récurrente où la décision est ralentie. Pas « nos données sont éparpillées » (trop général pour être traité), mais par exemple : « quand une consultation arrive, nous mettons une journée à savoir si nous avons déjà fait ça ».

Une situation nommée avec cette précision peut être mesurée, donc améliorée, donc arbitrée. C’est la différence entre un projet qui aboutit et un projet de transformation qui s’étale, et c’est ce que teste l’évaluation d’une boucle métier.

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Une décision qui coince régulièrement chez vous ? Décrivez la situation, je vous dis si elle est traitable.