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ERP pour société d’ingénierie : ce qui change par rapport à un ERP classique

Les sociétés d’ingénierie achètent souvent un ERP conçu pour l’industrie, puis passent deux ans à le contourner. Voici les différences qui comptent, et comment les vérifier avant de signer.

Nathan GoutagnyFondateur de NateSystem

Le secteur de l’ingénierie représente en France 44,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et environ 350 000 emplois, selon le baromètre publié par Syntec-Ingénierie. C’est un marché assez large pour que les éditeurs généralistes s’y intéressent, et assez spécifique pour que leurs produits standards n’y conviennent qu’à moitié.

La question posée par un dirigeant n’est presque jamais « quel ERP ». Elle est : est-ce que je prends un ERP généraliste que je vais adapter, ou un outil métier plus étroit mais qui parle ma langue.

Le vrai écart : le modèle de données

Un ERP industriel est bâti autour de la nomenclature : un produit, des composants, un stock, un ordre de fabrication. Toute sa logique découle de là. On peut y saisir des prestations, mais elles sont traitées comme un article particulier.

Une société d’ingénierie n’a pas de nomenclature. Elle a une affaire, découpée en phases contractuelles, portant chacune un budget d’heures, un avancement et un droit à facturer. Ce n’est pas une variante du modèle industriel : c’est un autre modèle.

Question de gestionERP industrielERP d’ingénierie
Unité de productionL’article fabriquéL’affaire, découpée en phases
Matière premièreComposants en stockHeures d’ingénieur
Mesure d’avancementQuantités produitesPourcentage d’avancement par phase
Déclencheur de facturationLa livraisonLe jalon, la situation ou le constat
MargePrix de revient de l’articleÉcart entre heures vendues et heures passées
CapacitéCharge machinePlan de charge des personnes
Les mêmes concepts, deux traductions incompatibles.

Un ERP industriel adapté à l’ingénierie fonctionne. Mais chaque adaptation devient une dette : elle doit être remaintenue à chaque montée de version, et elle est portée par une seule personne qui finit par partir.

Les quatre fonctions qui départagent

À faire démontrer, sur vos propres dossiers
  1. 01
    La gestion à l’affaire multi-phasesBudget, avancement et facturation portés au niveau de la phase, pas seulement de l’affaire. Testez avec une mission de maîtrise d’œuvre complète : APS, APD, PRO, ACT, DET, AOR.
  2. 02
    La co-traitance et le groupementUn GME avec un mandataire et trois quotes-parts. Si l’outil ne sait pas le représenter nativement, tout le suivi financier de vos marchés publics restera dans Excel.
  3. 03
    La révision de prix indexéeUne formule d’actualisation avec index BT ou TP sur un marché pluriannuel. Demandez à voir le calcul se faire, pas à entendre qu’il est possible.
  4. 04
    Le plan de charge prévisionnelLa question posée est : les affaires signées plus celles en cours de réponse tiennent-elles dans ma capacité des trois prochains mois ? Beaucoup d’outils affichent la charge consommée ; peu projettent correctement la charge à venir avec des affaires pondérées par leur probabilité.

Où les déploiements échouent réellement

Les projets ERP qui dérapent dans les sociétés d’ingénierie échouent rarement sur la technique. Ils échouent sur trois points, tous humains.

  • La saisie des temps. Si elle n’est pas quotidienne et simple, elle devient hebdomadaire et approximative. À partir de là, la rentabilité par affaire est une fiction, et tout le reste du système s’appuie dessus.
  • La reprise de l’historique. Reprendre dix ans d’affaires closes coûte cher et sert rarement. Reprendre les affaires en cours et les deux dernières années suffit presque toujours, mais il faut le décider, pas le subir.
  • Le propriétaire interne. Un déploiement sans quelqu’un dont c’est explicitement la mission, avec du temps dégagé, s’étire jusqu’à ce que l’élan retombe.

Ces trois points figurent parmi les conditions que le Diagnostic vérifie avant de recommander quoi que ce soit : parce qu’un système livré dans une entreprise qui ne peut pas l’alimenter ne produit rien.

Ce que l’ERP ne couvrira pas

Un ERP d’ingénierie bien choisi et bien déployé vous donne le pilotage économique de vos affaires. Il ne vous donne pas l’accès au savoir-faire produit pendant ces affaires.

La note de calcul, l’hypothèse retenue, le compte rendu où le client a changé d’avis, la raison pour laquelle la mission a duré deux fois plus longtemps que prévu : tout cela vit dans les fichiers, pas dans l’ERP. Et c’est précisément ce qu’on cherche quand une consultation comparable arrive. Voir capitaliser sur les projets archivés.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un ERP d’ingénierie et un ERP classique ?
Le modèle de données. Un ERP classique s’organise autour d’articles, de nomenclatures et de stocks ; un ERP d’ingénierie s’organise autour d’affaires découpées en phases, dont la matière première est le temps. Les fonctions qui en découlent (facturation à l’avancement, co-traitance, révision de prix indexée, plan de charge) sont natives dans le second et à construire dans le premier.
Combien de temps dure le déploiement d’un ERP dans une société d’ingénierie ?
Cela dépend du périmètre, mais l’ordre de grandeur usuel se compte en mois, pas en semaines, dès que la facturation et la comptabilité sont dans le périmètre. Le facteur déterminant n’est pas le logiciel : c’est la disponibilité d’un propriétaire interne et la qualité des données reprises.
Peut-on garder son logiciel de comptabilité et ajouter un ERP métier ?
Oui, la plupart des éditeurs métier proposent une passerelle vers les principaux logiciels comptables français. Le point à vérifier est le sens et la fréquence des échanges, et qui prend en charge la maintenance de l’interface lors des montées de version.
Un ERP améliore-t-il le taux de réussite sur les appels d’offres ?
Pas directement. Un ERP améliore le pilotage économique et la visibilité sur la charge, ce qui aide à décider si l’on peut prendre une affaire. Il n’aide pas à construire une réponse mieux étayée, parce qu’il ne contient pas les livrables techniques des missions passées. Ce sont deux sujets distincts.
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